Diane

© N. Calvez-Duigou

« Rien ne prouve qu’il existe une chose comme « la religion » dans l’abstrait. Ce qui existe, ce sont des représentations mentales, des actes de communication qui les rendent plus ou moins plausibles, et de très nombreuses inférences dans de très nombreux contextes » (Alain Boyer)

Octobre 2015

SAINTE DIANE

Goooooood morning believers !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Bonjour les gueurlz, et aussi les boyz !!!!!!!!!!!

 

Et nous voilà le jour de la sainte Diane. Du latin dius : céleste, lumineux. Pour les païens, déesse de la chasse et des voitures. Pour les chrétiens, une modèle à suivre.

 

Et le dicton :

9 juin à la sainte Diane, neuf joints à la badiane...

 

ou si vous préférez :

 

Si à la sainte Diane te prends envie d’aventures : fais un tour du monde en voiture

Sainte Diane

A ce stade de la présentation du personnage, une petite précision s’impose. En fait, cette fameuse Diane est fêtée le 10 juin dans le martyrologe romain et le 8 juin par le site des moniales dominicaines de Lourdes. En revanche, mon calendrier des pompiers la célèbre le 9 juin. Les pompiers étant bien plus utiles que le martyrologe et les dominicaines de Lourdes réunis, nous resterons donc sur l’idée que Diane se célèbre le 9 juin.

Une carte de Bologne de Claudio Duchetti -1582 In Georg Braun & Franz Hogenberg - « Villes du monde - Edition intégrale des planches coloriées 1572-1717 », Ed. Taschen, préf. Rem Koolhaas, 2008

Donc, que sont les gibelins ? Déjà, ce n’est pas le masculin de zibeline et ce ne sont pas non plus des gremlins mal orthographiés.

En fait, les gibelins constituent la faction qui soutient la dynastie des Hohenstaufen et du Saint-Empire Romain Germanique et combat la faction des guelfes (rien à voir avec une contraction de guitare et elfes) qui elle soutient les prétentions de la dynastie des Welfs (non, ce n’est pas une mutation de guelfes) et de la papauté, puis de la maison d’Anjou.

 

Les gibelins et les guelfes vont s’affronter militairement, politiquement, culturellement, partout où cela est possible et donc en Italie, dans les principales villes de la péninsule.

 

Et qu’est ce qui vaut à Loderingo dont on se fiche, par ailleurs éperdument dans cette vie de sainte, une telle célébrité ? En fait, il figure en bonne place dans l’Enfer de Dante et de sa Divine Comédie. On figure dans ce qu’on peut. Là, c’est dans le huitième cercle de l’Enfer, avec les hypocrites, revêtu d’une chape d’or qui pèse plus lourd que le plomb. Il est cependant loué pour son courage en mourant de la main de son ami le poète Guittone d’Arezzo, qui était membre des guelfes.

Frédéric II & ses gibelins
Les guelfes et le pape

Diane d’Andalo naît, dans la famille des Carbonesi, en 1201, on ne sait pas où, ni quel jour, ni quel mois, mais il est possible de tabler en tout cas sur Bologne, si on se réfère à quelques petits détails périphériques. Sa biographie précise qu’elle est la sœur de Loderingo d’Andalo, membre des gibelins. Bien. Voilà qui est dit.

La famille d’Andalo semble assez puissante et grande propriétaire. Tout baigne pour elle, le fils peut trucider ou se faire trucider tous les jours, la fille s’épanouit dans une existence mondaine, futile et sans doute inutile aux yeux d’un bon chrétien un minimum soucieux d’apporter quelque chose à sa communauté plutôt que d’en profiter (ce qui dans le cas des ordres Mendiants se discute quand même beaucoup).

 

Et voilà qu’en 1218, les Frères Prêcheurs décident de s’installer à Bologne, sans doute pour nuire expressément aux d’Andalo.

 

D’une efficacité redoutable, ces Frères Prêcheurs obtiennent de l’évêque l’année suivante, par l’entremise du cardinal Ugolin (rien à voir avec le héro de Pagnol), l’église de Saint-Nicolas-des-Vignes, malgré l’opposition des d’Andalo, auxquels appartiennent les terres.

Déjà, on sent que le courant n’est pas parti pour passer entre les deux. Aussi bien, il y avait même de quoi créer un troisième parti qui aurait pu se battre avec les gibelins et les guelfes. On aurait pu l’appeler les Frèpre (Frères Prêcheurs).

 

Donc, Diane mène la belle vie lorsque soudain, le truc qui flingue toute velléité de continuer : elle se rend à une prédication, où elle rencontre Reginald, lequel deviendra bienheureux. Peut-être parce qu’elle lui a donné du fil à retordre.

Un chroniqueur contemporain n’hésite pas à déclarer à ce sujet : « Attirée par L’Esprit-Saint, elle avait commencé à mépriser les pompes et les vanités du monde, et à rechercher de plus en plus les entretiens spirituels des Frères Prêcheurs ».

Ce genre de formule à l’emporte pièce, qui rappelle à quel point toute chose qui ne ressemble pas à de la mortification et à de la prière n’est que vanité, prend rarement en compte le fait qu’il est heureux pour celles et ceux qui y renoncent, que d’autres continuent à travailler et à gagner de l’argent pour les entretenir et leur permettre de se dire qu’ils ont une quelconque importance voire, éventuellement, une utilité. Et bien évidemment, lorsqu’il est question de spiritualité, ne nous y trompons pas, il ne s’agit pas de jeux de mots et de poilade à trois balles. Juste de masturbation cérébrale.

 

Toujours est-il que Reginald devient le directeur spirituel de Diane et qu’il réussit le tour de force de la faire tomber dans les bonbons avec la religion puisque c’est à ce moment précis qu’elle décide d’y entrer et de s’y consacrer.

 

Pour ce faire, elle profite du passage de saint Dominique à Bologne pour faire vœu de virginité. Et pourtant ça fait à peine un an qu’elle étudie avec Reginald. Le garçon devait être plutôt efficace ! Ou alors super moche de type repoussoir pour ne pas dire franchement imbaisable, ce qui expliquerait ce vœu. On ne peut négliger l’hypothèse d’un projet de mariage avec un vieux barbon podagre et libidineux... Il est sûr qu’il y a bien des cas de figure qui peuvent faire pencher la balance en faveur d’un tel vœu.

 

C’est ainsi qu’un beau jour, dans la foulée, Diane prend prétexte d’une sortie à Ronzano pour entrer au couvent des chanoinesses. Une petite incise s’impose : en général, chanoines et chanoinesses, suivent la règle de saint Augustin. Comme les prémontrés et les premiers dominicains.

 

La famille prend les choses assez mal, il faut bien avouer. Il semblerait même qu’elle fasse une tentative relativement violente pour faire sortir Diane du couvent et la blesse à cette occasion. Ah ! la famille. Y’a que ça de vrai. Ben celle-ci s’est juste contentée de monter une petite armée pour attaquer le couvent, dont elle défonce les portes avant de casser une côte à Diane ; mais c’était un bête accident, parce qu’en fait Diane était simplement trainée au sol car tirée par le bras et sa tête heurtait, à chaque secousse, le pavé. Vous conviendrez que la côte aurait pu ne pas se briser en un pareil cas. Faut-il y voir un rappel de celle qui, pour les créationnistes monothéistes, serait à la base d’Eve ? Allez savoir. Les religions sont pétries de symboles accumulés qui permettent de multiples lectures. C’est tout ce qui fait leur succès au demeurant.

Quoi qu’il en soit, c’est probablement sa côte cassée qui contraint la petite troupe à la rapatrier sur une civière chez elle. Mais dès qu’elle est remise, elle s’échappe et se rue directement sur le couvent pour y entrer à nouveau. Cette fois, malgré le fait qu’il lui reste encore des côtes intactes, que l’autre bras n’ait pas été essayé et que l’autre côté de la tête ait été épargné, sa famille renonce à la récupérer manu militari.

1221 sonne à l’horloge biologique de Diane, lorsqu’elle demande à saint Dominique (qui n’a pas encore été canonisé à cette date, il faut bien le dire) de l’aider à fonder une maison de moniale, sur le modèle de Notre-Dame de Prouilhe (déjà fondée par ledit Dominique).

 

Dom’ ne devait pas être rapide parce qu’il va réfléchir, prier, constituer un cinq tanks avec dieu, son fils et le Saint-Esprit, pour discuter du truc avant de se prononcer. Ceci fait, il déclare à sa communauté :

 

« Bon, les mecs, vous savez que notre sœur Diane m’a demandé de l’aider à fonder une maison de moniales. Perso, je n’y vois pas d’inconvénient. En plus, ça donnerait une bonne leçon à ses parents qui font rien qu’à l’embêter et nous critiquer. OK, je sais, il ne faut pas répondre à la violence par le violence : qui tue par le glaive périra par le glaive et tout ça, mais là... c’est autre chose.

On sait que les d’Andalo ne vont pas être content et comme ils ne nous aiment pas déjà, ça ne risque pas d’arranger la situation. Mais il y a leur fille, le service de dieu. Et puis on s’en tape de ce qu’ils pensent : on va le construire ce couvent ! On va le donner à Diane et après... on verra bien.

Donc vous quatre, Paul (de Hongrie), Guala (qui deviendra évêque de Brescia, la ville des choux), Ventura (de Vérone, pas de Lino) et Rodolphe (de Faenza), vous allez gérer le truc. Moi, je dois partir. Quand c’est fini, vous m’appelez, on se voit, on fait une bouffe et on termine l’affaire ».

 

Et c’est ainsi que la construction du monastère débute. Un lai de Jehan, le Jacques Debout, encore chanté il y a peu, nous en rappelle d’ailleurs les grandes étapes :

Sceau du couvent des moniales de Prouilhe authentifiant une charte datée de la vigile de saint André 1274 (conservé aux Archives Nationales)
Diane d'Andalo

Si l’on bâtissait un grand monastère, ouvert à tous les amis

Où l’on passerait son temps en prière, sans même finir nos nuits

Chacun y mettrait du cœur à l’ouvrage, ça serait le paradis

Les d’Andalo, gibelins, Welfs ou guelfes pourraient-y venir aussi

 

{refrain}

Il faut construire ton paradis avec tous tes amis

En priant matin jour et nuit mais n’oublie pas ceci

Il faut construire ton paradis pour que le monde entier

Avec toi vienne se mortifier, travailler et prier

Il faut construire ce paradis de nos mains pour s’aimer

 

D’abord il faut creuser un peu la terre pour faire les fondations

Poser une à une de grosses pierres pour monter la construction

Ventura fabriquera une échelle, fenêtres et portes de bois

Pendant que Paul frappera sur l’enclume pour le fer qui rougira

 

{refrain}

 

Beau travail mes amis je suis aux anges, je vois grandir la maison

Votre courage mérite récompense, je prie à votre intention

Déjà vous montez la grande charpente, le Ciel vous rende raison

Ça y est vous mettez la toiture immense de cette grande maison

 

{refrain}

(bis)

Ton Paradis !

Il faut construire ton paradis
Monastère de Prouilhe vers 1650 - http://www.prouilhe.com/histoire.htm

Diane, luttant contre sa famille, appuyée cependant par Jourdain de Saxe, diacre allemand membre de l’Ordre des Frères Prêcheurs et maître général de cet ordre jusqu’à sa mort en 1222 (ça c’est le truc qui fait vachement renseignée sur le sujet, genre confiture qu’on étale), fonde donc, le 13 mai 1223, le couvent des Dominicaines de Bologne, qui prendra par la suite le nom de Sainte-Agnès. A compter de cette date, elle en devient la supérieure et le reste jusqu’à sa mort, le 10 juin 1236, après avoir attiré dans son couvent et autour d’elle de manière plus générale, de nombreux chrétiens soucieux d’accomplir leur vie spirituelle. C’est pour ça qu’on la célèbre le 9 juin. Surtout, il aurait été difficile pour elle de demeurer supérieure après sa mort. L’affaire aurait pour le coup paru suspecte.

 

Diane est béatifiée par Léon XIII le 8 août 1888 pour les uns, le 24 décembre 1891 en même temps que ses compagnes en religion Cécilia et Amata, Constance et Théodora pour les autres. Je me demande pourquoi elle a été béatifiée quand même. Mais bon... les voies des papes...

Diane d'Andalo et ses compagnes

Quelques sources :

 

Sites Nominis, wikipedia...

Miniature montrant la construction au Moyen-Âge extrait d'un des manuscrits des « Cantigas a Santa » d’Alphonse X conservés à Florence à la Bibliothèque Nationale sur http://www.belcaire-pyrenees.com/article-l-abbaye-saint-hilaire-au-pays-de-la-haute-vallee-de-l-aude-99603306.html

http://www.prouilhe.com/histoire.htm

http://www.moplourdes.com/sommaire/nos%20racines/moniales%20op/Diane%20et%20lettres/DianedAndalo.html