Landry

14 Octobre 2014 - Publié par Baie de Douarnenez Environnement (BDZE)

Plage du Ris : tapis vert. Saison terminée, algues vertes sous la lumière d'automne

http://www.baiedouarnenezenvironnement.com/2014/10/plage-du-ris-tapis-vert.html

par Joseph d’Arimathie. Ceci selon l’Evangile apocryphe de Nicodème (IVè siècle). C’est le graal qui fait l’objet de la quête des chevaliers de la table ronde, sans grand succès. Ne pas confondre non plus la quête dont il est question ici, qui est une recherche de quelque chose, et la quête qu’on peut faire au cours d’une célébration eucharistique de type messe à l’église le dimanche. Cette quête là, c’est la récolte des sous. Sans grand succès non plus. De là à dire que le graal contenait des sous... Après tout les reliques, bien utilisées et parcimonieusement découpées avant dispersion, ça peut rapporter gros.

Une petite église, située dans l’île de la Cité, à proximité de l’Hôtel-Dieu, lui est dédiée, au XIIè siècle, est réaménagée au XVè siècle et détruite en 1829. On est bien peu de choses finalement.

 

En 1408, l’évêque Pierre d’Orgemont, médecin légiste bien connu, plus fort que Quincy et Kay Scarpetta réunis, procède à la reconnaissance des reliques, donne deux petits ossements à l’église Saint-Landry (ce qui est fort généreux, avouons le) et enchâsse le reste dans un reliquaire en argent. Evidemment, on repense à la vente du mobilier et de la vaisselle par Landry, au profit des pauvres. Ca a dû lui faire plaisir ce geste modeste.

 

Son linceul, conservé dans cette église, devait faire de nombreux miracles, au nombre desquels éteindre un incendie au Châtelet... Ne me demandez pas comment, je l’ignore. Dans la mesure où le linceul a disparu, on peut toujours émettre l’hypothèse qu’ils ont tapé sur le feu avec pour l’étouffer… Non, je rigole... En fait, ils l’ont carrément attaché à une perche et agité devant le feu qui, bien évidemment, le trouillomètre à zéro, s’est éteint tout seul.

Dans la foulée, parce qu’un saint se doit d’être poly-efficace : « plusieurs infirmes, atteints de maladies incurables, et abandonnés des médecins, en ont été miraculeusement guéris ; comme un nommé Raoul, natif de Gonesse, devenu lépreux ; un soldat nommé Odon, natif de Villejuif, paralytique ; une femme appelée Aveline, tourmentée d’une fièvre et d’hydropisie [incise : comme si une femme pouvait être autre chose qu’hypocrite lorsqu’elle n’est pas vierge, sainte et martyre...] ; un autre homme encore de Bagnolet, du nom d’Etienne ; un prêtre appelé Hervé, demeurant à l’hôpital des lépreux, situé près de Montmartre, affligés de l’esquinancie [note : une bête angine, ou une laryngite... à force de raconter n’importe quoi peut-être ?]. Jean de Soliac ayant été porté en l’église de Saint-Germain l’Auxerrois, le suaire de saint Landry avec sa dent lui furent imposés, et il les toucha avec respect, puis s’en retourna avec une grande confiance d’en recevoir du soulagement. Il ne fut pas plus tôt arrivé à la maison épiscopale, que son esquinancie se dissipa. Il fut guéri en présence de l’évêque Maurice son oncle, qui, sachant bien que c’était une chose honorable de manifester les œuvres que Dieu fait par l’entremise de Ses Saints, publia lui-même ce miracle au peuple, dans ses prédications. »

Ce qui ne l’empêche pas de fouetter un mécréant qui avait joué aux dés dans l’église, en lui apparaissant la nuit, après qu’il eut bien ripaillé et sans doute bien bu. Au point qu’on voyait encore les marques sur la peau dudit paroissien quelques jours après. En même temps, se casser la figure dans un fossé plein de buissons piquants avec une murge banane, c’est à la portée de n’importe quel quidam aujourd’hui encore, sans qu’on crie au miracle pour autant.

 

Cela étant, je suggère ici à tout un chacun de faire bien attention à récupérer toutes ses dents, qu’il s’agisse de dent de lait ou de dent définitive arrachée. La modernité aidant, je me demande si ça ne marcherait pas avec les dentiers et les implants... Donc... à titre conservatoire, peut-être faut-il aussi conserver les râteliers provisoires ou cassés.

 

A la Révolution, ses reliques sont profanées et dispersées. Evidemment, les croyants sont bien embêtés et meurtris dans leur foi et les exaltés n’hésitent pas à qualifier les révolutionnaires de « bêtes féroces ». A toutes fins utiles, je signale ici que les animaux n’ont pas les mêmes déviances que les humains et qu’à la longue, à leur place, je trouverais assez insultants ces amalgames. Dans la foulée, on remarquera que lorsque l'on massacre au nom d'une divinité, de type chrétienne dans le cas qui nous occupe, la férocité bestiale sort du champ linguistique utilisé pour qualifier ces actes, en général, tout aussi abominables. Quant à Landry, dans toute cette histoire, il est mort. Il s’en fiche. Et puis les révolutionnaires, ça ne leur a pas porté bonheur. Beaucoup ont été raccourcis sévèrement et irrémédiablement à la grande joie des croyants et des royalistes passéistes, quand ils songent à cette époque avec amertume et rancœur.

 

Les représentations de Landry sont celles d’un intellectuel : il porte un livre dans sa main gauche, signe de sa science, et sa main droite sur le cœur, signe de son amour pour les pauvres.

 

On remarquera tout de même que Landry est l’occasion d’illustrer le célèbre dicton selon lequel l’Enfer est pavé de bonnes intentions, puisque, selon le plan Delagrive de 1744, il est possible de constater l’étroite proximité entre la rue d’Enfer et le port Saint-Landry...

14 Octobre 2014 - Plage du Ris : algues vertes sous la lumière d'automne

© N. Calvez-Duigou

« Rien ne prouve qu’il existe une chose comme « la religion » dans l’abstrait. Ce qui existe, ce sont des représentations mentales, des actes de communication qui les rendent plus ou moins plausibles, et de très nombreuses inférences dans de très nombreux contextes » (Alain Boyer)

Juin 2015

SAINT LANDRY

Goooooood morning believers !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

 

Bonjour les gueurlz, et aussi les boyz !!!!!!!!!!!

 

Hourra hourra !!! C’est le jour de Landry, c’est le 10 juin. Plus exactement, les Landry sont fêtés le 10 juin.

 

Et le dicton du jour ? … mhmhmhmhmhm ! On peut tenter :

 

Ecoulements de lisiers à la saint Landry, algues vertes à la plage du Ris

 

Mais qui est Landry ? C’est une bonne question. Le nom est d’origine germanique : de «land», «pays» et «rîk» «riche, puissant». Il donnera le patronyme de Landru également.

Mais revenons en au Landry qui nous intéresse. Enfin… quand je dis nous… qui en intéresse peut-être quelques un-e-s d’entre vous à part moi.

Landry est né. C’est tout ce qu’on sait sur cette partie de son existence. Pas de date. Pas de lieu. Pas de parents connus. On ne sait même pas s’il a eu un canari ou un poisson rouge, voire un chien ou un troupeau de puces. Le mieux qu’on puisse supposer, compte tenu de son nom, c’est qu’il soit issu d’une famille franque. Peut-être installée à Paris.

 

Deux hypothèses s’ouvrent à nous à cet instant du récit : la première est que les hagiographes ont fait preuve d’un manque insigne d’imagination sur ce coup, la seconde, qu’ils n’ont pas osé y aller trop fort puisque le personnage a vraiment existé... Encore que... d’ordinaire s’arrêtent-ils vraiment à ce genre de détail ?

 

Ne perdons pas de vue le fil de l’hagiographie. Nous retrouvons Landry, né de mère et de père inconnus, on ne sait où et on ne sait quand, simple officier à la chancellerie royale sous Clovis II, fils de Dagobert, le roi qui avait mis sa culotte à l’envers.

1

Le bon roi Dagobert

A mis sa culotte à l’envers ;

Le grand saint Éloi

Lui dit : Ô mon roi !

Votre Majesté

Est mal culottée.

C’est vrai, lui dit le roi,

Je vais la remettre à l’endroit.

2

Comme il la remettait

Un peu il se découvrait ;

Le grand saint Éloi

Lui dit : Ô mon roi !

Vous avez la peau

Plus noire qu’un corbeau.

Bah, bah, lui dit le roi,

La reine l’a bien plus noire que moi.

3

Le bon roi Dagobert

Fut mettre son bel habit vert ;

Le grand saint Éloi

Lui dit : Ô mon roi !

Votre habit paré

Au coude est percé.

C’est vrai, lui dit le roi,

Le tien est bon, prête-le moi.

4

Du bon roi Dagobert

Les bas étaient rongés des vers ;

Le grand saint Éloi

Lui dit : Ô mon roi !

Vos deux bas cadets

Font voir vos mollets.

C’est vrai, lui dit le roi,

Les tiens sont neufs, donne-les moi.

5

Le bon roi Dagobert

Faisait peu sa barbe en hiver ;

Le grand saint Éloi

Lui dit : Ô mon roi !

Il faut du savon

Pour votre menton.

C’est vrai, lui dit le roi,

As-tu deux sous ? Prête-les moi.

6

Du bon roi Dagobert

La perruque était de travers ;

Le grand saint Éloi

Lui dit : Ô mon roi !

Que le perruquier

Vous a mal coiffé !

C’est vrai, lui dit le roi,

Je prends ta tignasse pour moi.

7

Le bon roi Dagobert

Portait manteau court en hiver ;

Le grand saint Éloi

Lui dit : Ô mon roi !

Votre Majesté

Est bien écourtée.

C’est vrai, lui dit le roi,

Fais-le rallonger de deux doigts.

8

Du bon roi Dagobert

Du chapeau coiffait comme un cerf ;

Le grand saint Éloi

Lui dit : Ô mon roi !

La corne au milieu

Vous siérait bien mieux.

C’est vrai, lui dit le roi,

J’avais pris modèle sur toi.

9

Le roi faisait des vers

Mais il les faisait de travers ;

Le grand saint Éloi

Lui dit : Ô mon roi !

Laissez aux oisons

Faire des chansons.

Eh bien, lui dit le roi,

C’est toi qui les feras pour moi.

10

Le bon roi Dagobert

Chassait dans la plaine d’Anvers ;

Le grand saint Éloi

Lui dit : Ô mon roi !

Votre Majesté

Est bien essoufflée.

C’est vrai, lui dit le roi,

Un lapin courait après moi.

11

Le bon roi Dagobert

Allait à la chasse au pivert ;

Le grand saint Éloi

Lui dit : Ô mon roi !

La chasse aux coucous

Vaudrait mieux pour vous.

Eh bien, lui dit le roi,

Je vais tirer, prends garde à toi.

12

Le bon roi Dagobert

Avait un grand sabre de fer ;

Le grand saint Éloi

Lui dit : Ô mon roi !

Votre Majesté

Pourrait se blesser.

C’est vrai, lui dit le roi,

Qu’on me donne un sabre de bois.

13

Les chiens de Dagobert

Étaient de gale tout couverts ;

Le grand saint Éloi

Lui dit : Ô mon roi !

Pour les nettoyer

Faudrait les noyer.

Eh bien, lui dit le roi,

Va-t-en les noyer avec toi.

14

Le bon roi Dagobert

Se battait à tort, à travers ;

Le grand saint Éloi

Lui dit : Ô mon roi !

Votre Majesté

Se fera tuer.

C’est vrai, lui dit le roi,

Mets-toi bien vite devant moi.

15

Le bon roi Dagobert

Voulait conquérir l’univers ;

Le grand saint Éloi

Lui dit : Ô mon roi !

Voyager si loin

Donne du tintouin.

C’est vrai, lui dit le roi,

Il vaudrait mieux rester chez soi.

16

Le roi faisait la guerre

Mais il la faisait en hiver ;

Le grand saint Éloi

Lui dit : Ô mon roi !

Votre Majesté

Se fera geler.

C’est vrai, lui dit le roi,

Je m’en vais retourner chez moi.

17

Le bon roi Dagobert

Voulait s’embarquer pour la mer ;

Le grand saint Éloi

Lui dit : Ô mon roi !

Votre Majesté

Se fera noyer.

C’est vrai, lui dit le roi,

On pourra crier : « Le Roi boit ! ».

18

Le bon roi Dagobert

Avait un vieux fauteuil de fer ;

Le grand saint Éloi

Lui dit : Ô mon roi !

Votre vieux fauteuil

M’a donné dans l’œil.

Eh bien, lui dit le roi,

Fais-le vite emporter chez toi.

19

La reine Dagobert

Choyait un galant assez vert ;

Le grand saint Éloi

Lui dit : Ô mon roi !

Vous êtes cornu,

J’en suis convaincu.

C’est bon, lui dit le roi,

Mon père l’était avant moi.

20

Le bon roi Dagobert

Mangeait en glouton du dessert ;

Le grand saint Éloi

Lui dit : Ô mon roi !

Vous êtes gourmand,

Ne mangez pas tant.

Bah, bah, lui dit le roi,

Je ne le suis pas tant que toi.

21

Le bon roi Dagobert

Ayant bu, allait de travers ;

Le grand saint Éloi

Lui dit : Ô mon roi !

Votre Majesté

Va tout de côté.

Eh bien, lui dit le roi,

Quand tu es gris, marches-tu droit ?

22

A Saint Eloi, dit-on

Dagobert offrit un dindon.

« Un dindon à moi !

lui dit Saint Eloi,

Votre Majesté

a trop de bonté. »

« Prends donc, lui dit le roi,

C’est pour te souvenir de moi. »

23

Le bon roi Dagobert

Craignait d’aller en enfer ;

Le grand saint Eloi

Lui dit : Ô mon roi !

Je crois bien, ma foi

Que vous irez tout droit.

C’est vrai, lui dit le roi,

Ne veux-tu pas prier pour moi ?

24

Quand Dagobert mourut,

Le diable aussitôt accourut ;

Le grand saint Éloi

Lui dit : Ô mon roi !

Satan va passer,

Faut vous confesser.

Hélas, lui dit le roi,

Ne pourrais-tu mourir pour moi ?

La chanson de Dagobert, jalonnée d’anachronisme, retrace les supposées aventures de Dagobert Ier (v. 600-639) et Eloi, évêque de Noyon (v. 588-659), principal conseiller du roi. Ses couplets originels, chantés sur l’air de « la fanfare du cerf », datent du XVIè siècle.

La « culotte » aurait désigné la religion et donc, le fait qu’elle soit portée à l’envers, évoquait la branche huguenote de la famille capétienne. La « remise à l’endroit » symbolisait l’abjuration promise mais non respectée. Anvers n’est créé qu’en 900 (couplet 10) et, surtout, est un haut lieu de luttes entre protestants et catholiques au XVIè siècle, les premiers abandonnant la ville qui voit alors sa population réduite de moitié.

 

En outre, à l’époque de Dagobert on porte au mieux des braies, des robes, mais pas de culotte. De la même façon, on ne porte pas de perruque (couplet 6) et la barbe et les cheveux sont preuve de noblesse. L’idée consiste donc surtout à critiquer la royauté sans en avoir l’air. Les armes à feu n’existaient pas (couplet 11), non plus que le sabre (couplet 12).

 

Au fil du temps, des couplets s’ajoutent et, le « bel habit vert » (couplet 3) désignerait l’uniforme des dragons (on pense aux dragonnades contre les Huguenots), régiment dans lequel servent Gédéon puis Gabriel Dagobert. On retrouve également deux Dagobert dans les guerres de Flandres menées sous Louis XIV : Jean-François et Pierre, évoqués par le couplet citant Anvers.

 

Les autres couplets sont ajoutés au XVIIIè siècle, vers 1787-1790 et les faits relatés concernent avant tout Louis XVI.

La culotte à l’envers signifierait, pour certains, le fait que le roi aurait eu des relations homosexuelles avec l’un de ses conseillers, spirituel ou non. Les infidélités supposées ou réelles de la reine auraient été impossibles sans punition violente pour adultère à l’époque de Dagobert. C’est donc Marie-Antoinette qui est évoquée, tandis que la complaisance de Louis est rappelée (couplet 19). Les chiens galeux (couplet 13) auraient été ses ministres et conseillers. Le dindon (couplet 22) n’est pas introduit en Europe avant 1500 et n’est cité officiellement dans le royaume de France qu’à compter de 1549. etc.

Enfin, il a été suggéré que le couplet 15 concerne la défaite de Napoléon et la victoire des royalistes. Les déboires conjugaux de l’empereur s’entremêlent alors avec ceux de Louis XVI.

 

Les mères et pères de famille ayant appris cette comptine à leurs enfants, ou celles et ceux qui seraient encore susceptibles de le faire, sauront désormais comment ils ont fait ou feront perdre leur innocence à ces chères têtes blondes. Il en existe aussi une version paillarde chantée par Colette Renard.

 

Parvenu-e-s à ce stade du récit, on peut se poser la question de savoir quel est le rapport entre Eloi et Landry. Ils étaient contemporains. Ce qui est déjà pas mal. Tous deux ont été évêques. Et de toute façon, il s’agit du fil de mes idées non du fil des vôtres.

Illustration extraite de Chansons Cochonnes

Chansons estudiantines traditionnelles adaptées en bandes dessinées par L-M CARPENTIER - MALIK - JIDÉHEM - KOX couleurs LAURENT album 48 pages cartonné couleur format 22-29cm

Editions Topgame

L'illustration est extraite de Chansons Cochonnes Chansons estudiantines traditionnelles adaptées en bandes dessinées par L-M CARPENTIER - MALIK - JIDÉHEM - KOX couleurs LAURENT

Petite maison sous les roses

Dans la forêt de Rambouillet

Un couple d’amants se repose

Soyons discrets

C’est un secret

Une fumée bleue qui s’élève

Dans la lumière

Sous le ciel clair

Et les oiseaux qui fredonnent pour eux

Le bonheur d’être amoureux.

 

Elle c’est une femme blonde

Et lui c’est un bel homme brun

Tout seuls tous les deux loin du monde

Bien loin des importuns

 

Mon grand chéri, quelle idée merveilleuse

De faire ainsi du feu en plein été !

Petite fille, c’est pour te rendre heureuse

C’est pour te réchauffer

Et le soleil vient danser dans les arbres

Et leur amour vient danser près du feu

Et le brave homme sourit dans sa barbe

La fillette a le ciel dans les yeux.

 

Toc toc, quelqu’un frappe à la porte

« Entrez ! » s’écrie le grand barbu

- « Bonjour », dit l’facteur d’une voix forte

« Une lettre pour vous Monsieur Landru ! »

 

Petite maison sous les roses

Dans la forêt de Rambouillet

Un couple d’amants se repose

Soyons discrets

C’est un secret

Une fumée bleue qui s’élève

Dans la lumière

Sous le ciel clair

Et le facteur qui s’éloigne a songé

« Qu’il est doux d’avoir un foyer ! »

gallica.bn.fr / Bibliothèque nationale de France

Allez, on revient à Landry...

 

Pasteur charitable, sans doute le plus charitable depuis saint Denis, écrivent ses hagiographes, il tient absolument à s’occuper des pauvres, des malades, des pèlerins et, allez savoir pourquoi, à marier les filles pauvres. Afin qu’elles ne deviennent pas en plus des pauvres filles sans doute. On aurait pu lui suggérer qu’il suffisait de leur donner une éducation et un boulot, mais, allez expliquer ça à un religieux persuadé que les femmes sont faites pour procréer et servir.

Landry est élevé à la dignité épiscopale à Paris, vers le milieu du VIIè siècle, après la mort d’Audobert, son prédécesseur donc. Avant que vous ne partiez dans des considérations de type : « ah bon ? » Je vous arrête. La biographie de ce type est telle que je ne peux fournir plus de renseignements qui pourraient alimenter une sympathique conversation, avec des tas de rebondissements, de « vous m’en direz tant ! » ou de « Non ! C’est vrai ? ».

 

Donc, voilà Landry évêque, eh bien il trouve le moyen de vendre tout ce qu’il possède, ses meubles et même les vases sacrés. STOOOOOOOP !!!!!!!!!!!! non, pas les vases pour mettre des fleurs. On appelle vases sacrés les ciboires et calices. Le Graal est aussi un vase sacré. D’autant plus sacré qu’il contient le sang du Christ recueilli

Statue de saint Landry. Cathédrale Notre-Dame de Paris.

Statue de saint Landry. Cathédrale Notre-Dame de Paris.

Saint Landry faisant distribuer des aumônes. - Legenda aurea. Bx J. de Voragine. XVe

Eh oui ! Il vend tout Landry. Grande braderie à l’évêché. On liquide pour nourrir les affamés parce qu’à cette époque sévit une famine. Et l’époque en question, enfin une date, c’est 651. Cela étant, l’épisode est relaté bien plus tard, sans que quoi que ce soit vienne l’étayer.

 

Cette même année, il convainc Erchinoald, maire du palais (intendant du royaume de Neustrie) de mettre à disposition ses jardins et sa villa de l’Ile de la Cité. Il y fonde le premier hospice de Paris et tâche d’y accueillir toutes les misères. A mon humble avis, les lieux n’ont pas dû être assez grands très longtemps car, très vite, les lieux accueillent un monastère, des moniales et des bonnes volontés laïques.

Ainsi naît l’Hôtel Dieu, face à Notre-Dame (actuel square Charlemagne). Ce qui permet de dissocier la fonction d’accueil aux malades et aux pauvres, de la fonction palais épiscopal, puisque jusqu’alors les deux étaient confondues, selon la tradition. Encore qu’il faille relativiser cette paternité puisque le martyrologe romain ne s’appuie sur aucun document pour l’affirmer péremptoirement.

 

Comme ses initiatives passent bien visiblement, Landry tente autre chose. Il crée l’abbaye de Saint-Denis, mais avec le financement royal tout de même...puisque Dagobert ordonne l’extension de l’église du lieu vers 600-630 ; église où sont alors placées les reliques de Denis (le gars qui se promène avec sa tête sous le bras), précisément, mais aussi celles de Rustique et Eleuthère (petit moyen mnémotechnique pour le prochain contrôle d’histoire : Denis est rustique et fais le taire). Tandis qu’à compter de 650, ce sont le monastère et quelques sanctuaires annexes qui y sont créés. Mais au moment même où tout cela se déroule, Landry se dit dans son fort intérieur :

« Bon, voilà une bonne chose de faite, c’est sûr, mais je sens que les ennuis vont s’abattre comme la vérole sur le bas clergé breton si je ne fais pas quelque chose pour régler cette situation. Les reliques vont attirer des pèlerins, c’est incontournable, et de toute façon elles servent à ça. Si les pèlerins arrivent en nombre aux portes de Paris, on va me le reprocher, en disant que je casse le métier à l’intérieur de Paris. C’est fatal, ils ne pensent tous qu’à se tondre mutuellement pour avoir le pèlerin en plus, celui qui fait gagner des points en statistique de visite et en nombre de repas servis ».

 

Du coup, il ne voit qu’une façon de s’en tirer : octroyer à cette abbaye le privilège d’être exempté de sa juridiction et de celle de ses successeurs (22 juin 654, papyrus authentique conservé par les archives nationales). Il y a même eu une image de réalisée sur le sujet... quelques siècles plus tard quand même.

Le privilège est confirmé au concile de Clipy (rien à voir avec un kangourou, c’est l’ancien nom de Saint-Ouen) où il y avait une maison royale, nous précisent les hagiographes. Quant au concile de Clipy... on le cherche.

Hôtel-Dieu sur le plan de Truschet et Hoyau (c.1550) ; à cette époque, l'hôpital se trouve au sud du parvis N.D. commons.wikimedia, mis en ligne par Mbzt

Hôtel-Dieu sur le plan de Truschet et Hoyau (c.1550) ; à cette époque, l'hôpital se trouve au sud du parvis de Notre-Dame. commons.wikimedia, mis en ligne par Mbzt

http://www.saint-denis.culture.fr/fr/1_3a_ville.htm

http://www.saint-denis.culture.fr/fr/1_3a_ville.htm

http://www.saint-denis.culture.fr/fr/1_3a_ville.htm
Clovis II affranchissant la basilique Saint-Denis en présence de saint Landry notamment. Jean Fouquet. Grandes chroniques de France. XVe

Clovis II affranchissant la basilique Saint-Denis en présence de saint Landry notamment. Jean Fouquet. Grandes chroniques de France. XVe

Et vient le jour où il faut mourir. C’est valable pour tout le monde et donc pour Landry aussi. Donc restitution de son âme, dont il n’a plus besoin, passage de sa crosse à droite, jour de deuil et tout ça, soit en 656, soit en 657, soit en 660. Ce que les hagiographes ont tout à fait tranquillement traduit par « Notre saint évêque s’envola au Ciel le 10 juin 656 ». Toutes ces tracasseries administratives accomplies, il est inhumé en l’église de Saint-Germain-l’Auxerrois, pour certains. Une autre biographie nous donne comme lieu d’inhumation une chapelle Saint-Landry, rue des Ursins. Pour les historiens, plus raisonnablement au regard du vide informationnel quasi-complet sur le garçon, on ignore tout de son lieu de sépulture. François de Vriendt postule, d’une manière abominablement réaliste, qu’il est possible que « la déposition des reliques dans une châsse den bois, opérée en 1171 par l’évêque Maurice de Sully en l’église Saint-Germain l’Auxerrois, donna une impulsion déterminante à son culte » (Vriendt, 2008).

Source : Plan Delagrive, 1744 sur https://sites.google.com/site/reseauvertaparis/home/2-parcours-dans-l-histoire-de-l-urbanisation-de-paris/2-urbanisation-de-chaque-quartier/5-cite-ile

Source : Plan Delagrive, 1744 sur https://sites.google.com/site/reseauvertaparis/home/2-parcours-dans-l-histoire-de-l-urbanisation-de-paris/2-urbanisation-de-chaque-quartier/5-cite-ile

 Port de Saint-Landri sur le plan de Turgot de 1739 - https://sites.google.com/site/reseauvertaparis/home/2-parcours-dans-l-histoire-de-l-urbanisation-de-paris/2-urbanisation-de-chaque-quartier/5-cite-ile

Source : Port de Saint-Landri sur le plan de Turgot de 1739 - https://sites.google.com/site/reseauvertaparis/home/2-parcours-dans-l-histoire-de-l-urbanisation-de-paris/2-urbanisation-de-chaque-quartier/5-cite-ile

Moralité : Bonnes intentions à la saint Landry, rue de l’Enfer pavée à Paris

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

Vriendt (de) François - Saint Landry, évêque de Paris, Dictionnaire d'Histoire et de Géographie Ecclésiastiques, t. 30, Paris, 2008, col. 289-292.

 

Nicoulaud (Gilles), David (Martine), Delrieu (Anne-Marie) - Aux sources des chansons populaires ; Belin, 1984.

 

Sur l’île de la Cité : https://sites.google.com/site/reseauvertaparis/home/2-parcours-dans-l-histoire-de-l-urbanisation-de-paris/2-urbanisation-de-chaque-quartier/5-cite-ile

 

Sur Saint-Denis : http://www.saint-denis.culture.fr/fr/1_3a_ville.htm

 

http://hodiemecum.hautetfort.com/archive/2008/06/10/10-juin-saint-landry-eveque-de-paris-656.html

 

Et également Wikipédia, Nominis et quelques autres sites dédiés aux saints.