Habemus cretinus

© N. Calvez-Duigou

« Rien ne prouve qu’il existe une chose comme « la religion » dans l’abstrait. Ce qui existe, ce sont des représentations mentales, des actes de communication qui les rendent plus ou moins plausibles, et de très nombreuses inférences dans de très nombreux contextes » (Alain Boyer)

17 janvier 2016

HABEMUS CRETINUS

A force de voir s’étaler les crétineries religieuses de tout poil concernant les femmes, on hésite parfois à leur faire l’honneur de les relever. Mais ne pas le faire, c’est laisser la parole libre à la bêtise intégrale d’une infime partie de la population qui, arc-boutée sur des pratiques ayant cours très largement avant et aux environs du premier siècle de l’ère commune, voire pour certains, aux VIè-VIIè siècles tribaux, considère qu’elle peut continuer à encourager les butors à traiter les femmes comme des sous-humains.

 

Vendredi 15 janvier 2016, dans la matinale sur l’antenne de France Culture, le rabbin Delphine Horvilleur évoquait certaine différence plus qu’essentielle entre le port de la kippa et celui du voile, rappelant, très justement, que si la kipa est un symbole d’humilité de l’Homme au sens d’humanité (les femmes peuvent porter la kippa), lui rappelant sa petitesse face à sa divinité - mais on pourrait dire plus universellement au regard de l’univers -, le voile est un symbole d’humilité de la femme, lui rappelant sa petitesse face à l’homme avec un très petit h.

 

Il n’est pas un jour où la réalité crue nous rappelle combien les croyants de Daech maltraitent les femmes pour, très certainement, de multiples bonnes raisons à leurs yeux. Il n’est pas un jour où dans les pays non démocratiques, des femmes luttent à toute force, et meurent, pour ne plus avoir à porter ce voile, symbole de leur soumission aux hommes avec un très petit h.

 

Eh bien désormais, nous avons la version catholique de la violence faite aux femmes en la personne de l’archevêque de Tolède, le p’tit gars Braulio Rodriguez Plaza qui, décidément en verve, n’hésite pas à déclarer que les femmes subissant les violences de leur compagnon sont responsables de ce qui leur arrive.

Comme quoi, le fameux adage « Si tu ne sais pas pourquoi tu bas ta femme, elle le sait », s’applique aussi aux catholiques bon teint.

 

Et il est vrai que ces femmes, ces abominables pécheresses qui ne méritent qu’une volée de bois vert, sont, entre autres, celles qui osent demander le divorce. Ce faisant, elles provoquent leurs pauvres maris, bien évidemment.

 

« La majorité des femmes qui meurent, décèdent à cause de leur mari qui ne les acceptent pas, les rejettent car elles n’acceptent peut-être pas leurs exigences ; ou à cause d’une ancienne histoire d’amour qui rend la cohabitation difficile. Souvent, ces réactions machistes surviennent parce qu’elles ont demandé une séparation. On nous dit que les femmes menacées peuvent désormais le dire et qu’il est possible de prévenir la criminalité avec de nouveaux mécanismes d'alerte. Mais le grave problème, c’est que ces couples ne sont pas unis par un vrai mariage. Laissons de côté la bagatelle qui brouille, "l’idéologie du genre". Quand je dis qu’ils ne sont pas unis par un vrai mariage, je ne pense pas seulement au mariage canonique, mais aussi à l’union civile, par un représentant de l’État. J’exclus tous les autres types de liens affectifs, où presque la seule chose qui les unit est l’utilisation physique de leurs organes génitaux et rien d’autre ».

 

Bien parti sur sa lancée, le garçon enfonce le clou en remettant tout simplement en question - ce qui finalement est assez logique dans son système de pensée - le terme même de « violence domestique ».

(consultable sur le site du diocèse de Tolède http://architoledo.org/Arzobispo%20don%20Braulio/2015/12%2027%20homilia%20sagrada%20familia.htm)

Source : El País du 5 janvier 2016. ©Uly Martin

Le regard du gars Braulio n'a rien d'amène, ce qui laisse à penser, si on en suit la direction, que même son dieu a intérêt à bien se tenir. Sinon...

Si l’on en croit ce joyeux drille, en veine de scoops sur la vie des familles, les violences conjugales se produiraient, par excellence, et quasi-exclusivement (si l’on excepte les évaporées qui osent demander le divorce) au sein des couples non mariés.

 

l’universitaire et chroniqueur pour le HuffPost Espagne Raúl Fernández Jódar, ose une hypothèse très différente de l’extraordinaire et si fine analyse de Braulio Rodriguez : « L’archevêque de Tolède relie la violence domestique au fait que la femme demande le divorce. Cela ne devrait pas être dans l’autre sens, d’abord la violence et ensuite le divorce ? »

Cette charitable et ô combien respectueuse homélie adressée aux femelles espagnoles, le 27 décembre 2015, par le mâle dominant Braulio Rodriguez, intervient peu avant l’annonce, le 4 janvier 2016, par la police espagnole, du meurtre par noyade d’une Madrilène de 43 ans, tuée par son compagnon. Sans doute le brave archevêque y verra là un malheureux accident de baptême. Baptême qui lave du péché et toutes ce sortes de choses. C’est tellement mieux d’accuser les victimes de ce qui leur arrive. Un peu comme le viol quoi, ou les enfants victimes des prêtres pédophiles... Une grande tradition parmi les bourreaux.

 

Selon El País, ce sont 56 femmes qui sont mortes des suites de violences conjugales en Espagne en 2015 et, depuis 2007 plus d’un million de cas de violence conjugale ont été traités par les tribunaux espagnols, les juges ayant prononcé des peines de prison pour 148 000 hommes

http://politica.elpais.com/politica/2016/01/04/actualidad/1451919164_061299.html

On pourrait toujours conseiller à cet archevêque d’arrêter de sniffer l’encens, mais les dommages sont déjà, visiblement, trop considérables pour espérer la moindre guérison.

 

Décidément, après les fraises du gars Fañch, il nous manquait la crème fouettée... C'est fait. Le concours du pompon mauve de la connerie continue...