Marie était une pianiste suédoise

© N. Calvez-Duigou

« Rien ne prouve qu’il existe une chose comme « la religion » dans l’abstrait. Ce qui existe, ce sont des représentations mentales, des actes de communication qui les rendent plus ou moins plausibles, et de très nombreuses inférences dans de très nombreux contextes » (Alain Boyer)

Février 2015

MARIE ETAIT UNE PIANISTE SUEDOISE

Naïvement, lorsque l’on évoque aujourd’hui le nom de Marie, mère de Jésus, le nom de «Palestine» surgit tout de suite à l’esprit.

 

Pourtant, à y réfléchir de plus près, à aucun moment, l’image mentale de ladite Marie qui se dessine dans notre esprit, ne ressemble à l’image de ces femmes que l’on peut voir dans nos actualités télévisées.

 

Et pour cause. Le morphotype de Marie, depuis l’origine, est celui d’une Européenne, non d’une Sémite. Qu’il s’agisse de la statuaire ou de la littérature, les descriptifs ne laissent place à aucun doute : Marie est née quelque part entre la Francie et la Suède.

 

Prenons, par exemple, l’ouvrage de l’abbé U. Maynard, intitulé «La sainte Vierge», éd. Firmin-Diderot, Paris, 1894, très abondamment illustré. Je vous en cite un petit passage, qui me laisse à penser que son auteur (dont on sent au demeurant l'exaltation concupiscente) était présent ce jour là, tant la précision dans le détail est poussée :

Marie jouant pour Joseph la lettre à Elie

« Telle qu’elle apparut pour la première fois à Joseph, Marie – si nous osons décrire avec les traits vulgaires cette beauté unique, - était d’une taille un peu au dessus de la moyenne. Son port avait de la noblesse, son maintien de la dignité et de l’aisance, sa démarche quelque chose de flexible et de ferme, d'onduleux et de grave. Son visage était d’un bel ovale, son teint de la couleur du froment qui commence à mûrir, mais pur et nuancé de rose. Elle avait le front ouvert et uni, les sourcils bruns et nettement arqués, les yeux d’une teinte où se fondaient le bleu tendre et le vert pâle, le regard d’une vivacité tempérée par une douceur sereine, le nez droit avec les narines légèrement dilatées, la bouche moyenne et gracieuse, les lèvres minces et vermeil, le menton d’une forme suave et parfaite. Ses cheveux blonds et abondants flottaient librement sur ses épaules, à peine retenus au front et aux tempes par une bandelette. Son pied remplissait à peine son étroite sandale et sa main délicate montrait, en se déployant, des doigts longs et déliés ».

 

Et la description se poursuit jusqu’à la comparer même avec une divinité athénienne. Quant à Joseph, « s’il offre un éclat plus voilé, il attire et charme par son ombre même ».

Et en fait, tout le reste de l’ouvrage, comme d’à peu près tous les autres produits à cette époque et antérieurement, est de la même veine sur tous les aspects abordés de la vie de Marie.

 

Alors évidemment, je conçois qu’il y a quelque chose de parfaitement impie et iconoclaste, à considérer que nous ne sommes pas là dans la logique. D’autant qu’en 1890, alors qu’on avait déjà commencé à élaborer les théories raciales, il était quand même facile, en toute logique, de savoir que Marie, selon toute probabilité raisonnablement évaluée, n’avait rien d’une Suédoise, mais tout d’une Sémite, donc au nez busqué, aux lèvres plus charnues que minces, aux cheveux noirs, aux yeux marrons, etc. ; que selon toute probabilité, elle avait les cheveux couverts et non volant au vent, sauf à faire partie des prostituées. Car ainsi le voulaient la coutume et la loi juive.

Enfin, si elle travaillait la terre, elle avait certainement des mains calleuses et non des mains de pianiste. Encore que... les pianistes peuvent avoir des cals au bout des doigts. Sans oublier que même les déesses grecques, devaient avoir le teint plutôt mat, les yeux plutôt marron, et les cheveux plutôt de couleur brune.

 

Malgré tout ce qui pourrait apparaître comme une évidence, rien n’y fait, Marie est toujours, dans l’imaginaire le plus courant, une pianiste suédoise.