Prix divin de vertu

© N. Calvez-Duigou

« Rien ne prouve qu’il existe une chose comme « la religion » dans l’abstrait. Ce qui existe, ce sont des représentations mentales, des actes de communication qui les rendent plus ou moins plausibles, et de très nombreuses inférences dans de très nombreux contextes » (Alain Boyer)

Mars 2015

PRIX DIVIN DE VERTU

Il arrive que les dieux s’ennuient et commencent à prêter l’oreille aux ragots et médisances. Ce jour là, le dieu d’Abraham, visiblement pas débordé par le boulot dans l’ensemble de l’univers, appela son fidèle afin de lui signifier qu’il venait de décider de s’occuper du sort de Sodome et Gomorrhe. S’adressant à Abraham, il déclare alors : « Le cri contre Sodome et Gomorrhe est bien grand ! Leur péché est bien grave ! Je veux descendre et voir s'ils ont fait ou non tout ce qu'indique le cri qui, contre eux, est monté vers moi ; alors je saurai. » (Gen.18.20-21)

 

Suit toute une série de tractations de la part d’Abraham qui tente de sauver ce qui peut l’être, car il pense qu’il y aurait des justes, que le bébé n’est pas forcément à jeter avec l’eau du bain, qu’on ne peut pas faire dans le gros et qu’il faut plutôt privilégier le détail… sans grand succès si l’on tient compte de la chute de l’histoire. On remarquera à l’occasion que son dieu, pour omniscient qu’il est, doit quand même venir voir de plus près, ou plutôt, il dépêche deux anges pour ce faire. En effet, de « je dois descendre » on passe à « bon, ben finalement, je vais déléguer le boulot, je le sens pas bien ce coup là… » Et donc, dieu dépêche deux anges sur zone.

 

Soulignons déjà ici le fait que pour un monothéisme, le judaïsme, comme d’ailleurs le christianisme puis l’islam, a tout de même cette capacité assez singulière à trouver des puissances célestes (puisque les anges en sont), susceptibles de servir d’intercesseurs entre les hommes et leur dieu. Ce qui nous ramène à des panthéons tout à fait classiques des diverses religions païennes, dotés de dieux supérieurs, de dieux subalternes, etc. D'ailleurs les anges ont

été identifiés très souvent aux puissances élémentaires. Le polythéisme est donc encore très présent dans la Genèse et les anges ne sont qu’une adaptation de figures mésopotamiennes à la nouvelle religion que devait constituer le judaïsme. Il faut bien avouer que Yahvé lui-même n’était qu’une créature d’El…, donc un dieu subalterne. L’ensemble des puissances célestes se constituant par ailleurs en hiérarchie, El dominant le tout dans un premier temps, avant que quelques uns décident que finalement, ce serait Yahvé qui dominerait tout le monde, délégant aux anges (divinités secondaires) une partie de son pouvoir. Construction que l’on peut d’ailleurs voir se mettre en place progressivement dans le Livre des Rois, quand bien même un effort de neutralisation de la déité de ces anges est progressivement fait.

 

Bref, voilà nos deux anges qui arrivent à Sodome, mais personne ne sait qu’ils sont des anges. En tout cas, personne dans la Genèse telle que je l’ai sous les yeux. Evidemment, cela dépend sans doute des traductions probablement, mais celle-là, je ne l’ai pas. Les habitants de la ville demandent à voir des hommes, non des anges. Ce qui disqualifie la transgression. Une transgression pour être effective, doit être consciente. Ce n’est pas le cas. Sinon, dieu serait très mauvais joueur, or il veut juste vérifier.

Par parenthèse, si certain-e-s s’intéressaient encore au sexe des anges, la question est définitivement résolue : ce sont des hommes. En tout cas, dans la Genèse. En fouillant bien également, et particulièrement en prenant les listes d’anges fournies par les trois monothéismes abrahamiques, essayez de trouver un prénom féminin...

Mais revenons à nos moutons. Les anges arrivent à Sodome, Loth est à la porte de la ville – le hasard fait bien les choses – et il se prosterne en les voyant. Ceci fait, il les invite à descendre chez lui. On peut juger que cela fait beaucoup de cérémonial pour une invitation à la bonne franquette, mais n’insistons pas trop sur ce genre de détail.

 

Les anges, incognito, arrivent chez lui et là, il leur prépare un repas. C’est en tout cas ce que dit la Genèse. Au risque de paraître un tantinet mesquine, j’aurais quand même tendance à penser qu’il n’a pas levé le petit doigt, tandis que sa femme et ses filles se sont agitées pour préparer le repas. Nous pouvons donc relever là une première incohérence dans le témoignage, pour ne pas parler carrément d’incongruité voire de mensonge.

Tout le monde a mangé, on ne pense pas encore à aller se coucher que déjà la maison est encerclée par les hommes de la ville, qui demandent à ce que les deux invités leur soient présentés (je rappelle que personne ne sait qu’il s’agit d’anges… à part sur les tableaux ils ne doivent donc pas avoir d’ailes car cela aurait obligatoirement généré le doute tout au moins).

A leur décharge, il faut dire que Loth est étranger à la ville et que les habitants sont un peu inquiets de savoir qui il reçoit et si ces gens sont potentiellement hostiles.

 

Et c’est là que commencent les complications. Les hommes de Sodome doivent être suffisamment peu amènes pour que Loth, pris d’un doute quant au sort qui risque d'être réservé à ses hôtes, décide de livrer ses filles encore vierges (donc à peine pubères) aux hommes rassemblés devant sa maison, afin qu’ils en fassent ce qu’ils veulent. Le cher homme... Le bon père... Ce que ladite foule refuse, tout à sa fixette sur les deux hommes.

A cette occasion, il convient de rappeler quelques petites choses :

1- La première d’entre elles est que l’acte auquel semblent vouloir se livrer les habitants de Sodome sur les deux hommes ne peut être qualifié d’homosexuel, c'est plutôt un cas d’agression sexuelle. S’il s’agissait d’homosexualité, pourquoi Loth leur offre-t-il de livrer ses filles en pâture à la place des deux hommes ? Il faut replacer l’acte auquel veulent se livrer les habitants de Sodome dans le contexte des rites de domination des vainqueurs sur les vaincus. En Egypte comme en Mésopotamie, ces viols se produisent dans un contexte militaire, afin de priver les vaincus de leur honneur viril puisque violés et donc pénétrés, ils sont considérés comme passifs et féminisés.

 

2- La deuxième d’entre elles est que le fait pour Loth de désigner ses filles volontaires pour subir un viol en réunion, n’est pas un cas unique dans la Bible. On retrouve un scénario quasi-identique dans Juges 19. Un lévite et sa concubine hébergés par un vieillard de Guivéa, se retrouvent encerclés par les gens de la ville. Comme les citadins demandent au vieillard de livrer ses deux hôtes, celui-ci leur offre sa fille en échange « Voici ma fille qui est vierge. Je vous la livrerai. Abusez d'elle et faites ce que bon vous semble, mais ne commettez pas à l'égard de cet homme une pareille infamie. »

Le Lévite va leur livrer sa concubine qui, le matin, après avoir été violée toute la nuit, s’effondre devant le seuil de la maison.

Son mari lui ordonne : « Lève-toi, et partons ! » Pas de réponse. Alors il la charge sur son âne et il se met en route pour rentrer chez lui. Arrivé chez lui, il la découpe en douze morceaux et l’envoie dans tout le territoire d’Israël. Tant de compassion pour un être aimé subjugue bien évidemment.

Bible illustrée par Gustave Doré (1832-1883), traduction de Bourassé et Janvier, appelée aussi Bible de Tours, 1866
Bible illustrée par Gustave Doré (1832-1883), traduction de Bourassé et Janvier, appelée aussi Bible de Tours, 1866

Mais revenons au sujet, qui est quand même Sodome.

 

Les deux anges aveuglent les habitants de la ville, demandent à Loth de rassembler sa famille et ses alliés, puis lui donnent l’ordre de quitter la ville sans plus attendre et sans se retourner. Malgré l’invitation de Loth, ses deux futurs gendres décident de rester sur place, pas plus impressionnés que cela par la menace de destruction de la ville.

Chronique de Nuremberg, Loth fuit Sodome, gravure sur bois, 1432 - Auteurs : Michel Wolgemut, Wilhelm Pleydenwurff (Text: Hartmann Schedel) 12 août 2006. Wikimedia Commons

Finalement, Loth, malgré ses tergiversations, décide de quitter les lieux en compagnie de sa femme et de ses filles et se dirige vers Çoar (Tsoar), où il se réfugie. Sa femme se retourne et est frappée de stérilité. D’aucun considèrent qu’elle a vraiment été transformée en statue de sel. Or le sel est à la fois une richesse et un outil de stérilisation. On répand du sel sur la terre de l’ennemi, afin de la rendre stérile. C’est le sort qui sera réservé à Carthage quelques siècles plus tard par exemple.

Bref, Sodome disparaît, de même que Gomorrhe et Abraham assiste au triste spectacle : « il vit monter de la terre une fumée, semblable à la fumée d’une fournaise », tandis qu’un peu plus haut, il est précisé que dieu fait pleuvoir du souffre et du feu et bouleverse villes, district, habitants et végétation. Ce qu’on appelle un peu plus simplement aujourd’hui, un phénomène tectonique doublé d'une projection de bitume enflammé (d’où le souffre).

Abraham voit Sodome en flammes par James Tissot (1836-1902), vers 1900. Wikimedia Commons
John Martin (1789-1854). La destruction de Sodome et Gomorrhe. 1852. Wikimedia Commons

Dans la foulée, privé de femme, qu’elle se soit véritablement statufiée ou qu’elle soit devenue stérile (et dans cette société une femme stérile n’est pas une femme puisqu’elle n’engendre pas) Loth, dépourvu de descendance mâle, ce qui stimule la libido et l’instinct de reproduction très certainement, viole ses filles et les engrosse, sans que ce dieu si chatouilleux quelques heures auparavant quant à la moralité des citoyens de Sodome, y trouve quoi que ce soit à redire.

 

On pourra m’objecter que non, Loth n’est pas coupable, il est en fait victime de ses filles délurées qui l’ont tellement fait boire qu’il s’est pris une murge banane au point de devenir une marionnette entre leurs mains. Certes. Mais en général, l’ivresse un peu trop prononcée coupe les effets. Les petites étaient certainement précoces et habiles... et dieu devenu sourd et aveugle dans l’intervalle.

A ceci je rétorquerai que ce genre de présentation des faits est assez typique de ce que l’on peut entendre aujourd’hui encore de la part des pédophiles, des pédophiles incestueux et des violeurs. Il convient donc de remarquer à cet instant du récit, que l’inceste pédophilique n’est pas châtié. Il semblerait que la punition de ce type de crime ne soit pas systématique dans la Bible. Parfois le coupable est châtié. Parfois non. Et là, c’est indubitablement non.

Alors, qu’est-il véritablement arrivé à Sodome et Gomorrhe ?

 

En 1951, le professeur Jack Finigan pose l’hypothèse d’un affaissement brutal de la plaine constituant la partie sud de la Mer Morte alors à sec, dans laquelle se seraient engouffrées les eaux de la partie nord de la Mer. Les deux villes auraient alors été complètement submergées.

 

En 1995, les géologues anglais Graham Harris et Anthony Beardowin proposent l’hypothèse d’un violent séisme, lequel aurait provoqué une brutale remontée de matières fluides souterraines. Devenu instable, le sol aurait glissé sous les deux villes, les précipitant dans la Mer Morte.

 

Théorie qu’adopte Peter Styles, docteur en géophysique de l’université de Liverpool, lequel considère également que ces villes ont été victimes à la fois de leur localisation, à savoir au nord-est de la péninsule de Lisan, séparant la Mer Morte en deux bassins et d'un phénomène géologique.

Nous sommes en 1900 environ avant l’ère commune. Le rift africain se prolonge sous la Mer Morte et à l’entour, les sédiments s’accumulent, telles des touches de piano. Les failles défaillent et se mettent à jouer. Les géologues évaluent la magnitude du séisme qui se produit alors à 6 sur l’échelle de Richter. Le sol, saturé d’eau, provoque une liquéfaction des couches d’argile, de limon et de gravier jusqu’alors en équilibre.

de Fred, auteur de bandes dessinées - http://brouillons-de-culture.fr/page/6

Comme les villes disparaissent sous cette vague de boue, le bitume qui est contenu dans les sols, se libère et s’enflamme, parachevant la catastrophe. Infligeant également un rude coup au commerce égyptien, puisque celui-ci prospérait autour du bitume nécessaire à la momification.

 

D’autres sont beaucoup plus adeptes de la destruction sans engloutissement, ce que corroborerait la découverte archéologique de Bad-edh-Dhra en Jordanie, dans les années 1920. Quatre autres villes ont d’ailleurs été découvertes par la suite près du plateau jordanien, dont celle de Numeira qui, comme Bad-edh-Dhra porte les traces d’une destruction et d’un incendie.

Les vestiges de Bad-edh-Dhra furent fouillés à partir de 1973 par les archéologues américains Walter Rast et Thomas Schaub dans le cadre d'un programme nommé Expedition of the Dead Sea Plain. Les investigations menées tant dans cette ville que dans les vestiges de Numeira ont permis de dater ces localités du Bronze ancien, vers 3300-2300 environ avant l’ère commune et de déterminer qu’elles avaient subi une destruction violente à la suite d’un séisme et d’un incendie. La découverte, dans leur voisinage, de cimetières ayant subi un violent incendie a également retenu toute l’attention des archéologues. Ainsi Rast et Schaub ont-ils identifié Bad-edh-Dhra avec Sodome et Numeira avec Gomorrhe. Cependant, leur destruction serait antérieure aux environs de 1900 avant l’ère commune.

La fuite de Loth, gravure de Wenceslas Hollar, vers 1650. Wikimedia Commons
Francesco Furini, vers 1640, Loth et ses filles, Musée du Prado (de Wikimedia Commons)
Loth et ses filles fuyant Sodome. Huile sur toile de Guido Reni (1575-1642) - 1616

Carte tectonique détaillée de la faille transformante de la Mer morte. EAFS, système de la faille Est anatolienne ; CF, faille Carmel ; JVF, faille de la vallée du Jourdan ; YF, faille Yammouneh ; SF, faille Serghaya ; MF, faille Missyaf. Les losanges indiquent les stations permanentes du réseau IGS, les cercles situent les sites de mesures de cette campagne, les triangles les stations permanentes israéliennes.

© IPGP (INSU-CNRS, Paris Diderot).

Vestige d'un mur de brique sur le site archéologique de Bad edh-Dhra Wikimedia Commons

Une tablette découverte dans la ville d’Ebla, au cours d’une campagne de fouille en 1975, décrit cependant le trajet d’une route commerciale, contournant la Mer Morte, dressant la liste des villes qu’il était possible de rencontrer sur l’itinéraire. La deux-cent-dixième ville porte le nom de Sodome et est positionnée à hauteur de la péninsule de Lisan. Ce qui pourrait donc conforter l’hypothèse selon laquelle Bad-edh-Dhra serait Sodome.

 

Une dernière hypothèse, émise par Marie-Agnès Courty, géologue au CNRS, serait une destruction due à la chute d’un bolide.

Concrétion appelée "la femme de Loth"

La question demeure donc, malgré tout, en suspens. Cependant, quoi qu’il ait pu se produire, il y avait, de toute évidence, de quoi marquer les esprits à l’époque. Quant à la femme de Loth changée en statue de sel, nul doute qu’une concrétion devait donner tout à fait le change.

 

Reste à savoir quel était le crime de ces villes. Aujourd’hui, la plupart des exégètes tiennent pour le manque d’hospitalité. A son époque, Ezéchiel, qui avait une véritable passion semble-t-il pour Jérusalem qu’il n’hésitait pas à qualifier de prostituée, propose cette hypothèse, qui évidemment vaut ce qu’elle vaut (Ezéchiel 16.49-50) :

« Par ma vie, oracle du Seigneur Yahvé, Sodome, ta sœur, et ses filles n’ont pas agi comme vous avez agi, toi et tes filles. Voici quelle fut la faute de Sodome ta sœur : orgueil, voracité, insouciance tranquille, telles furent ses fautes et celles de ses filles ; elles n’ont pas secouru le pauvre et le malheureux, elles se sont enorgueillies et ont commis l’abomination devant moi, aussi les ai-je fait disparaître, comme tu l’as vu. » Et là, pas d’histoire d’anges qui se feraient tripoter les fesses. Parce que parti comme il était, Ezéchiel aurait certainement mentionné un tel fait dans sa diatribe.

Bref, tout comme l’Atlantide disparaîtra, pour les mêmes raisons, qui sont une forme de décadence aux yeux de Zeus. La vie facile, cigarettes, whisky et p’tites pépés. Ce qui nous ramène au demeurant au mythe de Philémon et Baucis… En somme, la vie normale de riches cités de cette vallée.

 

Dans les destructions de Sodome, Gomorrhe, l’Atlantide, l’orgueilleuse Troie, Ys, et combien d’autres villes ou régions, mais aussi comme Haïti assez récemment finalement (la colère divine avait été évoquée à cette occasion), la colère ou vengeance de-s dieu-x est systématiquement mise en avant pour expliquer un phénomène naturel qui dépasse l’entendement ou permet de donner une cause qui se veut rationnelle (à quoi la rationalité peut-elle tenir parfois…) à un évènement impossible à maîtriser par nature.

Aujourd’hui, Sodome et Gomorrhe gisent quelque part dans une faille du côté de la mer Morte, ou encore à l’état de ruine sous les noms de Bab edh Dhra et Numeira, Ys dans la Baie de Douarnenez, l’Atlantide quelque part du côté des colonnes d’Hercule, Troie a été fouillée et Haïti peine à se relever du tremblement de terre.

Et systématiquement, ce qui est rappelé aux hommes par les interprètes religieux de ces phénomènes, certes brutaux, mais néanmoins naturels, c’est qu’ils doivent ne pas dépasser leur condition humaine sans quoi, pan sur les doigts. La Némésis, tout simplement. La récupération est un véritable art.

 

Alors, il y aura évidemment toujours un illuminé pour déclarer que l’archéologie a confirmé le texte biblique. Non. L’archéologie n’a fait qu’émettre l’hypothèse que les cités découvertes pourraient être celles dont on trouve les noms dans les textes bibliques. L’archéologie ne dit pas qu’une quelconque divinité les a détruites, qu’une pauvre femme est devenue stérile ou s'est transformée en statue de sel, non plus qu’elle ne peut trancher quant à savoir qui des filles de Loth ou de Loth a violé l’autre. L’archéologie ne confirme pas l’existence des anges et elle ne confirme pas non plus que les populations de ces cités pratiquaient tout ce qu’on les a accusés de faire. Ou de ne pas faire.

 

Cette distinction que j’opère ici, est la différence entre l’esprit critique et l’incapacité chronique des créationnistes (c’est-à-dire donc de tous les croyants en n’importe quel dieu), à considérer les faits pour ce qu’ils sont et non pour une confirmation de leurs théories déistes. Sans parler de la récupération indécente réalisée par les religions – en l’occurrence les religions monothéistes - pour se présenter comme scientifiquement démontrables alors qu’elles ne sont que simples croyances en un ensemble de mythes, oubliant tout de même rapidement, que le travail des archéologues démontre également que l’Odyssée, d’Homère, se base sur des réalités concrètes. On pourrait tout à fait dès lors, suivant en cela le cheminement et le mode de pensée des religions monothéistes, arguer de la réalité de l’existence des dieux de l’Olympe, de celle des dieux de l’Egypte, de celle des dieux des Mayas, etc. Après tout, jusqu’à présent personne n’a jamais pu démontrer que les divinités primitives n’existaient pas. Et si leur existence dépend des découvertes archéologiques, comme en dépend celle du dieu d’Abraham ou du dieu des chrétiens ou de celui des musulmans, alors de toute évidence, ils existent.

 

Enfin, il faut bien dire tout de même que la première chose qui vient à l’esprit après un tel récit, c’est que l’attribution d’un prix de vertu à un violeur incestueux qui avait au préalable voulu livrer ses filles à une foule de mâles pour qu’ils s’en servent comme d’objets sexuels avant de larguer sa femme devenue stérile, relève, de la part d’un si grand dieu, d’un total manque de goût. A quoi il est tout aussi aisé d’ajouter qu’en considérant le personnage auquel échoit ce prix, et donc en le prenant pour mètre étalon, on se prend à penser que la vie des populations de Sodome et Gomorrhe devait effectivement être particulièrement vicieuse et dépravée… Et si l’on m’objecte que Loth n’a pas agi différemment de l’ensemble des hommes de son époque, dans de nombreuses cultures, qu’il me soit permis de conclure en faisant remarquer que sa religion n’en faisait visiblement pas quelqu’un de meilleur. Elle n’était donc supérieure à aucune autre et en aucun cas gage de moralité.