Mutilations ethnico-religieuses

© N. Calvez-Duigou

« Rien ne prouve qu’il existe une chose comme « la religion » dans l’abstrait. Ce qui existe, ce sont des représentations mentales, des actes de communication qui les rendent plus ou moins plausibles, et de très nombreuses inférences dans de très nombreux contextes » (Alain Boyer)

LES MUTILATIONS ETHNICO-RELIGIEUSES

Au nombre des pratiques qui distinguent l’humanité du reste du monde animal, on compte les mutilations, automutilations et autosacrifices ethnico-rituels. Si nous avons perdu la mémoire des origines réelles de ces pratiques, chacune d’entre elles a donné lieu à la création d’un récit, d’un mythe, destiné à l’expliquer et surtout la justifier.

 

Ces altérations, sous leur forme définitive, acquises du vivant de l’individu, volontairement, sous la contrainte socio-culturelle considérée comme un consentement, se pratiquent également sur les prisonniers et les esclaves, dont le marquage signe l’appropriation.

Ces pratiques sont universelles et se manifestent soit sous des formes similaires, soit avec des variantes ; nous pouvons les retrouver d’un continent à l’autre, où elles apparaissent, évoluent et disparaissent, pour parfois réapparaître ailleurs à une autre époque, sans qu’un lien de relation direct avéré, d’une population à l’autre, ait pu être découvert.

Les premières d’entre elles, comme le tatouage-scarification ou l’amputation des doigts ou encore l’exaltation des silhouettes féminines gynoïdes sont considérées aujourd’hui comme un corollaire de l’apparition de la pensée métaphysique au Moustérien ; pensée que l’on estime concomitante à la pratique de l’ensevelissement des morts.

 

Si les premières mutilations, volontaires ou subies, sont extrêmement difficiles à repérer - faute de témoignages directs ou de traces identifiables sans le moindre doute, il est plus aisé d’en suivre une partie de l’expression et le développement à compter de l’épipaléolithique (12 500-9 600) où l’on retrouve trace de mutilations dentaires, ou du Néolithique (v. 9 000-v. 3 300), avec sa pratique de la trépanation, les périodes protohistoriques et historiques nous sont évidemment bien plus abordables et documentées .

 

Fait social, culturel, traditionnel, religieux… ce trait commun à l’ensemble de l’humanité provoque évidemment l’interrogation et sollicite l’attention pluridisciplinaire des sciences humaines et biologiques. Il se caractérise également par une évolution vers l’exagération la plus cruelle et si l’on prend en considération le regain d’intérêt et de pratique du tatouage, du piercing et de l’implant corporel ne manque pas d’avenir.

Un constat

Constater l’existence de pratiques mutilatoires, qu’elles soient tournées par l’individu contre lui-même ou contre un autre, ne signifie pas les expliquer.

Claude Chippaux souligne qu’universelles, ces pratiques ont un fondement mystique et apparaissent, pour les plus anciennes, autour des premiers rites funéraires, lesquels sont considérés comme le signe de l’éveil de l’humanité à la pensée métaphysique (Chippaux, 1990).

 

Les récentes découvertes archéologiques, mais aussi la possibilité que donnent les sciences, aujourd’hui, d’affiner les datations, repoussent les hypothèses d’inhumations ritualisées aux environs de 350 000 avant l’ère commune (AEC). Le site préhistorique d’Atapuerca (Espagne) a livré à la fouille ce qui semble bien être une sépulture commune.

 

Jusqu’alors, la sépulture de l’enfant aux bois de cerf, dans la grotte de Qafzeh (Israël), datée des environs de 100 000 AEC, situait à la fin du paléolithique moyen l’apparition de cette pensée métaphysique.

 

Cependant, nous ne disposons d’aucune trace d’une éventuelle religiosité pour ces époques et il faut attendre les premières manifestations d’art pariétal (environs de - 38 000 en Europe et – 40 000, grotte de l’île de Sulawesi en Indonésie) pour poser les premières conjectures à ce sujet.

 

C’est aussi grâce à cet art que nous avons accès aux premières traces de mutilations corporelles, qu’il s’agisse d’amputation de phalanges, de scarifications ou de tatouages, de l’exaltation des formes gynoïdes féminines mais aussi, si l’on suit l’hypothèse de Javier Angulo, de la circoncision.

 

Les premiers comportements funéraires auraient-ils pris place à Atapuerca, il y a 350 000 ans ? in L'anthropologie 107 (2003) 1-14 (tdr)
Sépulture de l´enfant aux bois de cerf dans la grotte de Qafzeh (Israël), 100 000 avant notre ère. Coqueugniot et all 2014 - http://www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0102822

A. - Scarifications

B. - Tatouages

C. - Marquages thérapeutiques

D. - Marquage domestique

E. - Marquage d’appartenance sur les captifs & les esclaves

F. - Marquage d’appartenance sur les militaires - Marquages guerriers

G. - Marquages rituels & ornementaux

1. - Scarifications

2. - Tatouages religieux

3. - Tatouage chaouia

4. - Tatouages égyptiens

5. - Tatouage khmer

6. - Tatouages laotien & thaï

7. - Tatouage en Chine

8. - Tatouage au Japon

9. - Tatouage inuit

10. - Tatouage en Amérique du Sud

11. - Tatouage māori

H. - Conclusion

Bibliographie sommaire

 

A. - Trépanations

B. - Déformations crâniennes volontaires

Bibliographie succincte