Un mot, des maux...

© N. Calvez-Duigou

« Rien ne prouve qu’il existe une chose comme « la religion » dans l’abstrait. Ce qui existe, ce sont des représentations mentales, des actes de communication qui les rendent plus ou moins plausibles, et de très nombreuses inférences dans de très nombreux contextes » (Alain Boyer)

Un mot, des maux...

Un mot, des maux...

Athéisme

Athéisme

Apostasie

Blasphème

Blasphème

Laïque - Laïcité

Depuis quelques temps déjà, le vocabulaire s'est édulcoré, les mots ont connu un véritable glissement sémantique et il est de bon ton de surtout ne pas leur accorder leur véritable signification lorsqu'ils risquent de fâcher.

Depuis que les religions dites monothéistes particulièrement, sont revenues en force sur le devant de la scène, il est frappant de remarquer à quel point on se heurte vite à l'ignorance en matière lexicale, ce qui permet de faire passer, en dépit de la réalité parfois, des annonces immobilistes ou réactionnaires, par exemple du Saint-Siège, pour de grands moments de progrès.

Explorons donc le vocabulaire et ses méandres pour relire à la lumière de leur véritable signification, les si magistrales et si remarquables avancées dont on nous rebat les oreilles et la vue depuis quelques temps. Apprenons le sens des mots, tout simplement.

Athéisme est un gros mot pour toutes les religions. Ce mot est même devenu insane pour la République française qui pourtant se dit laïque. Mais évidemment, la laïcité évoque le respect de toutes les religions, de toutes les croyances et l’athéisme n’est ni une religion, ni une croyance. Il y a donc probablement une forme de logique à son absence de reconnaissance par notre Etat.

 

Etre athée, de nos jours, c’est encore être condamné-e. Condamné-e par les religions, et évidemment les religions monothéistes qui envahissent notre paysage aujourd’hui encore, mais aussi, d’une certaine manière, par une forme de non dit et de déni social. On tue encore des athées, que ce soit dans les sociétés musulmanes ou dans les sociétés chrétiennes. Aux Etats-Unis, par exemple, Larry Hooper est tué, en juin 2004, par son colocataire Arthur Shelton, au prétexte qu’il est athée. Certes, ce sont les Etats-Unis… mais combien de personnalités publiques osent, en France, en 2014, se dire athée ? Au mieux botte-t-on en touche en se disant agnostique, ce qui peut être toléré, vaguement, mais il est presque plus facile aujourd’hui d’effectuer un outing homosexuel qu’un outing athée. Ce qui est d’ailleurs très fortement souligné par l’ensemble des personnes qui ont travaillé sur le sujet.

 

Au XXIè siècle encore, en France et plus généralement dans l’Occident démocratique, les religions sont en position d’exercer une pression qu’il ne faut pas hésiter à qualifier de terroriste, en matière de pensée. Car ne pas pouvoir se dire athée dans des pays libres, est signe d’un profond problème.

 

Il est de bon ton de la part de toutes ces religions, de s’estimer très rapidement agressées ; elles ont l’épiderme bien plus sensible, visiblement, que leurs victimes. Et donc ces petites choses délicates, qui se sentent agressées dès lors que l’on ne participe pas à leur concert béat de croyance en une divinité qu’elles ont définie, n’éprouvent absolument aucun scrupule à mépriser ouvertement les athées, leur dénier même une existence en considérant qu’ils sont des croyants qui s’ignorent, ou les affubler de tous les maux et d’un total manque de morale alors que l’histoire et l’actualité rappellent régulièrement, si ce n’est quotidiennement, les turpitudes dont elles se rendent coupables.

 

Il est plus que temps de redonner à l’athéisme et je veux dire par là l’absence totale de croyance en un dieu (car les définitions de ce mot sont tout de même extrêmement variées) ses lettres de noblesse, sa fierté et de revendiquer haut et fort, face à ces religions qui ont sacralisé leur totalitarisme, leur fondement excluant et leur violence, l’exigence d’une reconnaissance égale à celle qu’elles revendiquent. Ce à quoi s’emploie modestement cette page

La panoplie des condamnations émises par les religions monothéistes serait incomplète si l’on ne s’attardait pas quelque peu sur l’apostasie, qui constitue à la fois un crime majeur et une source d’inspiration inépuisable en matière de tortures et de manières de mettre à mort sa/son prochain-e.

 

Le mot apostat est emprunté au latin ecclésiastique apostata, lequel signifie « qui a abandonné la foi chrétienne ». Cet hellénisme est pris au grec apostatês (celui) qui fait défection, qui abandonne. L’apostat est donc celui qui a abandonné publiquement sa religion ou, dans le cadre de la religion chrétienne, renoncé à ses vœux monastiques. Au XVIè siècle, le mot prendra même le sens de « renégat », ce qui introduit une notion de traîtrise.

Considérée comme une désertion, l’apostasie désigne, vers 1250, l’abandon public d’un état religieux, vers 1389 l’abandon public de sa religion, vers 1687 l’abandon d’un devoir ou d’un principe, d’une doctrine ou d’un parti, avant de désigner, plus généralement, de nos jours, la renonciation publique à une confession.

Pour Boris Cyrulnik, si le mot blasphème est différent selon les cultures, il n’en est pas moins une préparation à l’assassinat (RTS info, le journal du matin, 20 janvier 2015).

En ces temps de pensées extrêmes, il n’y a plus aucune nuance, et ce processus n’est malheureusement pas nouveau. La moindre déviation, la moindre critique mérite la mort et, de ce point de vue, le littéralisme religieux procède de la même pensée que le nazisme ou le communisme, mais aussi que le Ku Klux Klan, « c’est-à-dire qu’il y a une seule – l’expression importante est une seule – pensée correcte et tous ceux qui ne pensent pas comme moi méritent d’être déportés, rééduqués, torturés, etc.

C’est la pensée extrême, que ce soit le nazisme, le communisme. Une religion qui n’accepte pas l’existence d’une autre religion fait partie de ce processus de pensée extrême. Alors je pense que le Ku Klux Klan disait : « il faut défendre la race blanche » C’est au nom de cette vertu, c’est au nom de cette pseudo morale qu’il se permettait d’assassiner, de pendre les « nègres », les syndicalistes, tous ceux qui n’étaient pas totalement d’accord avec eux. Et le mot important c’est total totalitaire. Et la pensée totalitaire concerne toutes les religions. Les religions profanes, les philosophies. C’est une pensée extrême qui mène à des situations de guerre. »

La laïcité, dont il est beaucoup question en France, fait partie de ces biens chèrement acquis, dont nous avons oublié jusqu’au sens, à la fragilité et au prix payé par nos prédécesseurs.

Le premier des sens perdu est celui de la sémantique. En effet, il existe une confusion assez courante entre laïc et athée, pour une part, mais aussi consistant à considérer que laïc serait le masculin de laïque. Cette dernière confusion constitue ce que l’on appelle une fausse synonymie et relève très directement non seulement d’une interprétation biaisée de la laïcité, mais encore du conflit idéologique...